Noir Metal, album glacial en pleine canicule

“On a les yeux dans le ciel on pleure toutes les larmes du soleil brulent, un pas d’plus et mon cœur sera broyé sur le bitume, si tu pars moi je resterai…” Eté 2010. On découvre Butter Bullets avec le titre “Les Larmes du Soleil” en featuring avec Radmo. Un morceau aux airs de hit de l’été, refrain autotuné et instru rafraîchissante. Depuis, le groupe a fait son bonhomme de chemin et a sorti quelques albums, avec une direction artistique pour le moins opposée à celle de leur premier single estival.

9 ans plus tard, le duo Butter Bullets sort son 5ème album, sobrement intitulé “Noir Métal”, faisant suite au très bon “Air mès & Hermax” sorti en 2017.

Arrivé relativement par surprise sur les plateformes de streaming, c’est toujours avec un grand intérêt que l’on accueille un nouvel opus de Sidisid et Dela, tant les deux bougres nous surprennent constamment dans leur proposition artistique. Et cet album ne déroge pas à la règle.

Certes, la couleur est sensiblement toujours identique avec un rap sombre et dantesque. Mais l’efficacité du groupe ne semble jamais s’essoufler, les productions de Dela étant toujours novatrices et inédites et l’habillage vocal de Sidisid strident et incisif. Certes, beaucoup diront que leur musique n’est pas forcément très accessible tant elle est spéciale, mais n’est-ce pas cela qui fait d’eux un groupe unique qui se démarque de tout ce qui se fait actuellement ?

“J’porte pas de Tommy ni d’Fila, c’est bon, j’laisse ça aux fans de rap belge.”

Butter Bullets – Ecstasy

Dès la première phase, le décor est planté avec un Sidisid lassé par le “rap game” populaire actuel et son public. Un positionnement que l’on retrouve tout au long de l’album : “J’suis le seul blanc de ce rap de merde qui soit pas une grosse merde”.

Si vous connaissez déjà le groupe, vous n’êtes pas sans savoir que l’égotrip règne au sein de leur univers. Et Sidisid excelle dans ce domaine, entre provocations bien senties et références pointues.

“Vos rappeurs sont des chiennes, quoi de neuf docteur ? J’suis leur véto. J’préfère Eddy de Pretto.”

Butter Bullets – Le Nez

Le rappeur se veut ici plus méchant que jamais, notamment avec les autres rappeurs, et c’est pour le moins amusant et jubilatoire. Dans une récente interview pour Yard, Sidisid confiait ceci : “Ce n’est pas le rap qui marche en France, ce sont des rythmiques afro, des rythmiques des caraïbes… Je ne suis pas un vieux con, mais ce n’est pas du rap : c’est une musique vaguement inspirée du rap, mais ce n’est pas du rap. Je n’écoute plus de rap français, alors que j’en ai toujours écouté. Je ne sais plus quoi écouter, c’est très compliqué.”
A une époque où la majorité des albums sont quasiment interchangeables, de par leurs similitudes en terme de sonorités, ces propos sont évidemment largement compréhensibles. Et ce “Noir Métal”, sans forcément être innovant, s’impose tout de même comme différent de ce qui se fait actuellement dans le rap francophone actuel, et ça fait du bien.

“Tout en noir comme Donatella à l’enterrement de Gianni, toi t’es Tony en chemise fleurie
Pas Tony Soprano, mais le Tony qui finit sans vie dans sa piscine.”

Butter Bullets – Jésus

Dans ce nouvel album, Sidisid nous prouve encore qu’il est un homme de goût, avec des références appréciables qui réapparaissent plusieurs fois dans le disque, on pense notamment à la série The Wire ou encore à Nessbeal.
Du cinéma au rap américain en passant par les sapes de luxe, le rappeur exprime fièrement ses goûts culturels qui influencent grandement son écriture.

Autre très bon point, la production. Butter Bullets ne serait pas ce qu’il est sans Dela, sans aucun doute l’un des producteurs de rap les plus doués de sa génération. Aucune instru n’est à jeter sur ce disque. Mieux, elles sont toutes remarquables. Et si la voix nasillarde de Sidisid peut parfois devenir irritante à la longue pour certains, les larges instants laissés aux instrus de Dela sont d’autant plus appréciables. Preuve en est, le magnifique “Toccata et Fugue” en plein milieu de l’album, morceau instrumental de 5 minutes. A noter également, la sublime reprise de la BO de “The Killer” à la fin de “Négatif”.
Dela utilise une multitude de samples superbement façonnés et parvient à créer des atmosphères uniques. Les effets de voix et la qualité du mix/mastering sont également impressionnants.

A chaque nouvel album, Butter Bullets nous fait le même effet. On sait que celui-ci figurera parmi notre “top de l’année” et qu’on y reviendra souvent, voire très souvent. Avec ce “Noir Metal”, l’effet habituel est amplifié, le binôme semble avoir mis la barre encore plus haute et il se pourrait bien que cet opus soit l’album le plus abouti et le plus cohérent de leur carrière. Le temps en décidera.

J’suis un mélange entre Chief Keef et Georges Moustaki, tout le monde me cé-su donc j’sais plus c’est la bouche à qui.”

Butter Bullets – Rap Simons

TOP 3 BITUME : “Faux” / “Le Nez” / “Rap Simons”.

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