Dinos sort Taciturne et rap toutes les larmes qu’il n’a pas pleurées

Dinos vient de sortir son deuxième album, “Taciturne”, qui succède à “Imany” paru en 2018, lequel avait déjà amorcé le succès du rappeur. Succès d’estime plus qu’un succès commercial : « j’suis l’mec que tout le monde aime bien mais qui vend pas beaucoup d’skeuds » (“On meurt bientôt”), c’est ce à quoi se heurte Dinos et la revanche qu’il compte prendre avec cette nouvelle sortie.

A l’ère du streaming dans le rap, Dinos reste lui attaché au format album, et livre trois versions physiques du disque dans lesquelles on retrouve les quinze titres officiels de l’album « standard » et quatre autres sons inédits sur les versions « jour » (“Sagittaire” et “Les pleurs du mâle”) et « nuit » (“Slide” et “Coeurjacking”). Trois versions illustrées différemment par celui qui avait déjà réalisé sa première pochette, Fifou, photographe « aux 600 pochettes de rap » qui a travaillé entres autres pour Booba, Kaaris et PNL. Si le rappeur de la Courneuve garde une cohérence dans son image, il s’initie à un tout autre processus de création avec “Taciturne”.

L’album est envisagé comme un « disque de saison » et entame la « dépression hivernale ». Dinos s’épanche sur les tourments qui l’habitent depuis “Imany”, « si tu me demandes qui j’suis, j’te dirai que j’suis perdu » (“OMRI”) et s’interroge de nouveau sur l’amour, la mort, la religion, mais cette fois-ci avec une plus grande justesse.

Le disque expose la double culture de l’artiste, celle à la fois inculquée par sa famille qu’il juge tombée dans l’oubli par manque d’héritage, tout en affirmant qu’elle est « un truc qu’on t’a forcé à défendre, à coups de fouets ». Bagage partagé avec Manu Dibango, 85 ans, originaire lui aussi du Cameroun, avec qui il fait un feat dans “Les garçons ne pleurent pas”. Une culture également nourrie par les grandes figures du rap, notamment Booba auquel il fait référence dès le début de son album avec le sample du titre “Banlieue”. Album polyphonique, Dinos s’associe avec d’autres artistes tels que Dosseh ou Marie Plassard et fusionne à la fois les genres et les discours.

Si “Imany” faisait preuve d’une plus grande attention à la technique, “Taciturne” prône la spontanéité. Objectif réussi puisque Dinos se livre avec une plus grande authenticité. L’album en dit beaucoup sur le rappeur, étonnant lorsqu’on sait que le titre signifie « avoir la flemme de parler », pourtant l’artiste semble avoir fait des mots sa thérapie et du rap son « exutoire ». Le talent de Dinos est confirmé, et met une nouvelle fois en avant la richesse du rap français actuel. En attendant son concert à l’Olympia le 30 avril 2020, nous continuerons à écouter ce projet marquant de fin d’année.

   Marjorie Le Meur

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